
France Sécurité profite de son 25e anniversaire pour retracer un quart de siècle de la protection individuelle en France. Une enquête réalisée à partir des témoignages, opinions, commentaires, anecdotes et documents obtenus auprès de tous les acteurs du marché : fabricants, utilisateurs, clients, prescripteurs, organismes professionnels, préventeurs ou responsables achats. Une analyse qui, à la lecture du passé, permet de mieux imaginer le futur de la profession…
1981-2006 : 25 ANS D’ÉPI EN FRANCE
A quand remonte l’idée de protection individuelle ? Michel Valentin, dans son ouvrage “Travail des hommes et savants oubliés”1, cite des exemples qui remontent à deux millions d’années : hache en pierre polie avec un manche fixé de telle façon qu’il ne puisse s’échapper ou faucille possédant un rebord protecteur. “Si l’accident est vieux comme le monde, l’élaboration de règles de droit destinées à les prévenir est relativement récente”, indique Jackie Boisselier dans son livre “Naissance et évolution de l’idée de prévention des risques professionnels”2. Le constat est encore plus frappant en matière d’Équipements de Protection Individuelle (ÉPI), dont le terme apparaît pour la première fois officiellement en 1989 à l’occasion de la publication des Directives européennes 89/686 et 89/656 qui régissent respectivement leur fabrication et leur utilisation. Les années 80 ont de toute évidence marqué un tournant dans l’histoire de la sécurité en France de manière générale, et de la protection individuelle en particulier. L’interview d’Alain Mayer, chargé de mission européen à l’INRS, est à ce titre intéressante (lire encadré "Un véritable tournant réglementaire et normatif"). La naissance de France Sécurité, premier groupement de distribution d’ÉPI en 1981, vient confirmer l’émergence d’un nouveau besoin des entreprises et des salariés en matière de conseils et de choix de produits, à une époque où les pratiques n’étaient pas celles que l’on connaît actuellement (lire encadré “Incroyable mais vrai”). 1 - Michel Valentin, Travail des hommes et savants oubliés, Docis, Paris, 1978 2 - Jackie Boisselier, Naissance et évolution de l’idée de prévention des risques professionnels, INRS, 2004
Nous avons été les pionniers de la distribution d’ÉPI
Le Mag a effectué l’interview d’Yvon Kermarec, qui a cédé ses fonctions de Directeur Général de France Sécurité au 1er juin 2006. L’occasion aujourd’hui, pour le fondateur du premier groupement de distribution d’ÉPI de France, de remercier collaborateurs, fournisseurs et clients avec qui il a écrit une page importante du marché des Équipements de Protection Individuelle en France.
Quel est votre sentiment à l’occasion de votre départ de France Sécurité ? “Je quitte France Sécurité en ayant le sentiment d’avoir accompli ma mission, c’est-à-dire d’avoir fait d’un groupement de distribution une société à part entière. France Sécurité représente aujourd’hui une force de 400 personnes, qui avancent dans le même sens, et qui manifestent toujours la même volonté de progresser. J’ai été par ailleurs très satisfait de l’adossement de nos différentes structures avec le groupe Pierre Le Goff. Cette entreprise bretonne, du Finistère comme moi, nous a aidés dans notre développement et notre structuration, avant notre fusion dans le groupe Bunzl, leader européen de l’hygiène et de la sécurité. En 25 ans, France Sécurité est donc passé d’un stade régional à un niveau continental, sans jamais perdre ses valeurs originelles, notamment en matière d’innovation, ce qui nous a toujours permis d’avoir une longueur d’avance par rapport à nos concurrents dans le secteur de la distribution des ÉPI”.
Quel message souhaitez-vous transmettre aux fabricants d’une part, aux clients d’autre part, que vous avez côtoyés pendant de longues années ? “France Sécurité s’est appuyé tout au long de son existence sur les meilleurs fabricants, en termes d’innovation, de services et de compétitivité, ce qui a eu pour effet de pérenniser nos approvisionnements et donc ceux de nos clients. Nous avons eu également une démarche dynamique et volontariste d’accompagnement de nos fournisseurs sur le terrain afin de faire évoluer les équipements. Dans le même temps, France Sécurité a joué la carte de la fidélité avec eux, non pas de manière aveugle mais avec discernement, en aidant parfois ses partenaires à se remettre en cause. Cette stratégie a toujours eu pour objectif d’offrir à nos clients de la proximité et des équipements de qualité, agrémentés de services à valeur ajoutée. Nous avons été les pionniers de la distribution d’ÉPI en France et, à ce titre, avons fait preuve d’une politique d’innovation permanente. On se souviendra ainsi que France Sécurité a été la première entreprise de la profession à éditer des catalogues personnalisés, à proposer des analyses de risques aux postes de travail, à organiser la gestion de dotation, à créer une cellule Grands Comptes, etc...”
Comment s’est déroulée la passation de pouvoir entre Pierre-Yves Hélias, votre successeur, et vous-même ? “Le passage de témoin s’est effectué en douceur, dans une volonté de continuité. Il s’est passé de nombreux événements importants et positifs dans la vie de l’entreprise depuis 2001, date de la première fusion avec le Groupe Pierre Le Goff. Nous avons pris le temps de cohabiter avec Pierre-Yves Hélias et de bien communiquer, en mettant notamment en relief les points qu’il convient à mon sens de faire encore évoluer.”
Votre vie professionnelle recoupe l’histoire de l’évolution des ÉPI en France. Quelles ont été selon vous les étapes capitales de l’évolution de ce marché en 25 ans ? “Je retiendrais trois faits marquants. La normalisation, avec la mise en place des normes CE, a été tout d’abord un facteur extrêmement important puisqu’elle a donné à ce marché une base réglementaire de référence. Le passage de la vente directe des fabricants à un marché de distribution spécialisée a donné un grand coup d’accélérateur à l’offre “produits”, qui s’est amplifiée et diversifiée. Enfin, le rôle accru des CHSCT au sein des entreprises a permis de relayer l’information réglementaire, et de doter les hommes et les femmes au travail d’équipements de protection de mieux en mieux adaptés aux risques métier. La conjonction de ces différents phénomènes a manifestement permis de mieux protéger les salariés des risques professionnels, et de réduire le nombre et la gravité des accidents du travail ces 25 dernières années...”
Dernière question Yvon Kermarec. Qu’allez-vous vous faire de votre retraite ? “Certains connaissent mes activités liées au football*, que je continue et que j’intensifie. Mais je n’ai pas prévu d’arrêter toute activité à caractère professionnel. J’ai définitivement passé le témoin...”
* Yvon Kermarec est Président du Conseil de Surveillance du Stade Brestois, qui évolue en Ligue 2 du championnat de France professionnel de football.
Des liens tissés au fil des ans
France Sécurité a été parmi les premiers acteurs significatifs de la distribution d’ÉPI en France. Ce statut lui a permis de tisser au fil des décennies des relations privilégiées avec ceux qui sont à l’origine des équipements, à commencer par les fabricants de la profession. Christian Mainguené, ingénieur d’affaires de 3M, est un témoin du développement de France Sécurité. Dans le domaine des ÉPI, il a débuté par l’animation commerciale du grand Ouest de la France, en étroite liaison avec la société Kermarec, co-fondatrice du groupement France Sécurité. Une période au cours de laquelle la société 3M est passée d’une gamme ciblée d’équipements de protection respiratoire à un panel plus large de produits, couvrant la protection de la tête dans son ensemble.
"Une époque où le principe de précaution n’existait pas"
Pour Christian Mainguené, l’apparition des normes européennes, qui ont suppléé et renforcé les normes NF, marque un virage important dans l’histoire. “Elles ont réglementé et légiféré l’univers de la protection individuelle lors de leur apparition en 1992. Le marché des ÉPI est finalement récent”, poursuit Christian Mainguené, qui se souvient d’une époque où “le principe de précaution” n’existait pas. Cette situation, associée à une méconnaissance totale des dangers potentiels, est à l’origine de nombreux accidents, comme ceux liés à l’amiante. “Les ouvriers brassaient des panneaux sans aucun équipement de protection individuelle. Cette absence de protection préventive n’a fait qu’amplifier les conséquences de ce fléau”.
Une dimension humaine
Lorsqu’il analyse le parcours respectif de France Sécurité et de 3M et juge la collaboration entre les deux structures, Christian Mainguené estime qu’il s’agit avant tout “d’une relation humaine très forte, basée sur une excellente complémentarité, dans un contexte porteur avec un marché qui s’élargissait chaque jour”. Le groupement a eu le mérite de réussir différentes intégrations et il s’est positionné, grâce au Groupe Pierre Le Goff - avec qui nous travaillions déjà par ailleurs - comme le premier groupe européen d’Hygiène et de Sécurité”.
“Les grands groupes souhaitent collaborer avec un interlocuteur unique”
Une étape jugée “essentielle” par l’ingénieur d’affaires de 3M dans le développement de France Sécurité. Un essor qu’il estime logique car France Sécurité a su épouser les attentes du marché. “Aujourd’hui, les grands groupes souhaitent collaborer avec un interlocuteur unique, capable de répondre à leurs besoins sur le plan commercial, technique et logistique”.
Un marché à maturité
Comme tout nouveau marché, celui des ÉPI a connu en 25 ans une croissance vertigineuse. Aujourd’hui, ce dernier a tendance à stagner ou à évoluer légèrement en France, avec des taux de progression qui n’ont plus rien à voir avec ceux du passé. Un signe de maturité, qui s’est accompagné d’une forte concurrence. France Sécurité, après avoir défriché le terrain, a vu poindre de nouveaux acteurs. “Fondamentalement, on a vu émerger deux types de distributeurs, les généralistes et les spécialistes”, analyse Christian Mainguené. “Nous pensons que la distribution consolidera ses parts de marché grâce à une maîtrise technique et une approche globale. Quelle qu’elle soit, la distribution, pour 3M, représente l’avenir. Nous avons d’ailleurs fait le choix de commercialiser la totalité de nos équipements par ce biais. France Sécurité apporte fondamentalement ce qu’attend le client final: du professionnalisme, de la réactivité dans une logique de flux tendus avec un savoir-faire logistique avéré”. Même son de cloche chez le groupe Bacou-Dalloz, N°1 de la fabrication d’ÉPI dans le monde. Après avoir créé et géré sa propre société de distribution, le fabricant a décidé de s’en séparer, estimant que les deux métiers n’étaient pas compatibles.
“Du professionnalisme, de la réactivité, un savoir-faire…”
Bacou-Dalloz a préféré se recentrer sur son métier, où il reste beaucoup de choses à faire à l’échelle internationale. “Le Chiffre d’Affaires mondial des ÉPI est estimé à 11 milliards d’euros”, indique son directeur commercial, Gérard Brochon. “Il est encore jeune et non consolidé, avec beaucoup d’acteurs. Aujourd’hui, on compte 500 fabricants significatifs, mais les 23 plus gros représentent à eux seuls 50% du marché”.
Des partenaires fournisseurs d’hier, d’aujourd’hui et de demain
France Sécurité fait régulièrement appel à de nouveaux fournisseurs. Soit parce qu’ils répondent à des besoins émergents du marché, soit parce que leurs produits récents présentent des caractéristiques marquantes ou des plus-values importantes pour ses clients. C’est le cas de BW Technologies, qui conçoit, fabrique et commercialise une gamme complète d’appareils de détection des gaz. L’entreprise, fondée en 1987, emploie 550 salariés et connaît une croissance exponentielle de son chiffre d’affaires, de l’ordre de 40% par an depuis 5 ans, avec une percée forte en Europe (+ 53%). Très portée sur l’innovation, la société d’origine canadienne, rachetée par le groupe américain Honeywell en 2006, a mis au point le premier détecteur de gaz sans fil à alimentation solaire du marché. Depuis, elle poursuit le développement de sa gamme de produits, avec notamment des détecteurs personnels jetables. Les relations de BW Technologies avec France Sécurité datent de deux ans et demi. Elles sont nées à l’occasion d’un accord-cadre du distributeur d’ÉPI avec la Lyonnaise des Eaux, qui travaillait déjà en direct avec le fabricant spécialisé. Depuis, les relations entre le groupe de distribution et BW Technologies n’ont cessé de se développer, à la grande satisfaction de son Directeur Commercial France et Espagne, Ludovic Kermarrec*. “Travailler avec France Sécurité constitue une réelle opportunité de développement pour nous, car ce distributeur possède une grande expérience et une force commerciale conséquente. Nous bénéficions par ailleurs d’une bonne visibilité de nos produits à travers leur catalogue”. Le représentant de BW Technologies se félicite enfin de la synergie créée avec le distributeur. “France Sécurité n’a pas vocation à maîtriser toutes les subtilités d’un produit en particulier. L’entreprise s’appuie donc sur ses fournisseurs pour la présentation de leurs équipements, apportant ainsi aux clients ce qu’ils demandent, c’est-à-dire de la valeur ajoutée sur le plan technique, en matière de conseil, de réglementation, de mise en œuvre ou de recommandations. Cette approche s’ajoute aux atouts qui ont fait la force du distributeur, en matière de logistique notamment. En conséquence, France Sécurité s’est imposé comme l’interlocuteur idoine pour les professionnels de la sécurité, en offrant un service global adapté à des demandes parfois très personnalisées. Fondamentalement, c’est ce qu’attendent les clients, les grands groupes notamment”.
Des clients de la première heure
Les attentes des clients de France Sécurité ont en effet fortement évolué au cours des 20 dernières années, comme l’atteste Jean-Pierre Daoudal, responsable du service Hygiène et Sécurité du site de MTS Saint Brieuc. Ce groupe, d’origine italienne, est spécialisé dans l’eau chaude sanitaire, les chaudières murales et les climatiseurs. Il emploie 7.300 salariés dans le monde, réalise 1,1 milliard d’euros de CA et compte 21 implantations industrielles réparties dans 27 pays. Depuis 2001, le Groupe MTS est propriétaire de la marque Chaffoteaux et Maury. L’entreprise française de référence dans le domaine des chaudières a été une cliente de la première heure de France Sécurité. Elle continue de le rester aujourd’hui pour “les prix, les délais, la réactivité et les excellentes relations nouées depuis toujours avec France Sécurité et son siège de Brest”. Jean-Pierre Daoudal justifie ainsi sa fidélité au distributeur, dont la dimension européenne pourrait séduire ce client à l’envergure internationale. “Il est effectivement possible que d’autres entreprises de MTS Group à l’étranger soient intéressées par notre expérience et notre culture sécurité, ce dont pourrait profiter France Sécurité”. Des relations assidues qui résultent aussi de la capacité du distributeur à s’adapter aux exigences de son client historique, dont la politique en matière d’achat est clairement définie. “Nous avons pour objectif de réduire le nombre de nos fournisseurs et de tendre vers une politique d’achat global. France Sécurité possède les qualités pour se voir attribuer un tel marché”. Interrogé sur l’évolution de la sécurité depuis 20 ans au sein de son entreprise, Jean-Pierre Daoudal met en exergue trois facteurs essentiels. Le premier concerne la réglementation et l’instauration des normes européennes qui “ont permis de disposer d’équipements certifiés dont le label CE permettait pour la première fois de les comparer les uns aux autres sur la base de critères objectifs”. Le deuxième paramètre porte sur les fabricants, dont les travaux de recherche et de développement ont permis d’améliorer la qualité et la diversité des produits, et dont l’inventivité a contribué à améliorer le confort et le port des ÉPI. “Les nouveaux gants du marché, très fins et résistants, ont considérablement amélioré la protection dans notre activité de montage de chaudières, où la manipulation est primordiale”, témoigne Jean-Pierre Daoudal. Le responsable Hygiène et Sécurité cite également comme exemple les nouveaux vêtements de travail, dont les coupes ou les coloris modernes ont grandement facilité leur usage. “Il faut reconnaître que le port d’un ÉPI est perçu comme une petite contrariété, que les nouvelles collections d’ÉPI savent détourner, en collant à la mode”. Enfin, Jean-Pierre Daoudal inventorie dans un 3e et dernier grand volet, les évolutions du monde du travail. Celui-ci a bénéficié d’exigences accrues dans le domaine législatif, d’une protection des machines sensiblement améliorée et d’une plus grande considération dans les modes d’organisation des entreprises. Ces efforts ont porté leurs fruits, avec une approche préventive de plus en plus marquée. “L’évaluation des risques est une pratique en croissance depuis une dizaine d’années, d’où la nécessité de disposer des conseils et de la préconisation de notre distributeur. J’apprécie que mes interlocuteurs chez France Sécurité abordent la dimension technique des ÉPI avant leur aspect commercial”.
Un rôle de prescripteur
Cette dimension de conseil et d’expertise des distributeurs et des fabricants s’est développée tout naturellement les amenant à investir un champ jadis dévolu à des organismes spécialisés, comme l’INRS. Celui-ci édite aujourd’hui beaucoup plus de guides d’aide aux choix des ÉPI ou de documents sur les stratégies de prévention des risques, comme l’explique Jean-Pierre Zana, ergonome à l’INRS. “Nous recevons beaucoup moins d’appels pour connaître le type d’ÉPI à utiliser par rapport à un risque professionnel donné, mais les experts chacun dans leur domaine guident le demandeur dans la meilleure adaptation des stratégies de prévention aux risques. Les acteurs de la prévention - les entreprises, les salariés, les représentants syndicaux, les fabricants, les distributeurs et les institutions concernées - se sont mobilisés, ce qui a eu pour effet d’améliorer considérablement les problématiques liées aux équipements”. Pour autant, l’INRS poursuit sa mission de prévention en menant des actions de recherche, de conseil d’information et de formation. “Notre objectif est de rendre les entreprises de plus en plus actives afin qu’elles recherchent les outils adaptés à une problématique donnée”. Lorsque le sujet requiert une connaissance particulière, l’institution se mobilise. C’est le cas actuellement avec les TMS, premières maladies professionnelles en France. Le 1er congrès francophone sur les Troubles Musculo Squelettiques (TMS) organisé en 2005 à Nancy a ainsi mis en évidence la nécessité d’agir sur l’organisation du travail et la nécessité de prendre en compte les multiples facteurs provoquant ces pathologies à travers une approche pluridisciplinaire. Ce qui amène l’INRS, dans le domaine des ÉPI par exemple, à s’intéresser aux conséquences du port d’ÉPI sur l’activité de l’homme, et non plus à se limiter uniquement aux performances intrinsèques de l’équipement. Il faut en effet prendre en compte la pénibilité engendrée par le port d’ÉPI, dans le cas des désamianteurs (une des seules activités où le port d’ÉPI est toujours obligatoire) par exemple, il est nécessaire de prendre en compte ce facteur pour aménager les périodes de travail, prévoir des temps d’équipement et de “déséquipement” et des pauses en conséquence. “Le transfert de connaissances s’effectue par des spécialistes. Mais dans l’entreprise, il est souhaitable que le maximum d’acteurs y participent et s’approprient ces données” insiste Jean-Pierre Zana. Ce dernier précise d’ailleurs que les efforts fournis sont porteurs de succès.
“Les acteurs de la prévention se sont mobilisés”
On note par exemple une diminution sensible des accidents de la main sur les cinq dernières années, fruit d’une meilleure qualité des équipements, d’un port plus assidu et mieux adapté de l’équipement, et d’actions répétées de sensibilisation, soit sur un plan général, soit au poste de travail. “Le même phénomène s’est produit en matière de lutte contre la surdité au travail. Une véritable prise de conscience a été amorcée grâce aux Caisses Régionales d’Assurance Maladie et aux médecins du travail, puis relayée par tous les acteurs”.
La parole aux préventeurs
Les préventeurs occupent bien évidemment une place de choix en matière de protection individuelle. Leur profil a fortement évolué, depuis les années 80. Les parcours diplômants et qualifiants spécifiques sont montés en puissance au fil des années, et leur contenu s’adapte en permanence à l’évolution d’une profession très jeune. Sandrine Villetard, 28 ans, animatrice Prévention Sécurité depuis 4 ans chez Schindler (lire encadré), en est la parfaite illustration. Diplômée d’une maîtrise de chimie et d’un DESS Hygiène, Sécurité et Protection de l’Environnement, elle a rejoint l’équipe sécurité du numéro 2 mondial du marché après une première expérience professionnelle au sein d’une filiale d’Elyo pendant 1 an. Si elle reconnaît à son parcours universitaire le moyen d’obtenir des acquis, notamment législatifs, elle estime pour autant qu’il n’est pas nécessaire de posséder un bac + 5 pour intégrer cette filière. “Il faut démontrer avant tout un esprit d’ouverture, de communication et le sens des relations humaines. Personnellement, j’ai la chance d’aimer ce métier”. Du reste, dans sa promotion de DESS, les candidats venaient de divers horizons, preuve que les chemins qui mènent à la prévention des risques sont multiples. Une formation que Sandrine Villetard juge utile “pour ses aspects techniques et pratiques”, même si l’essentiel du savoir-faire opérationnel “s’apprend sur le terrain”. C’est notamment le cas dans le domaine des Équipements de Protection Individuelle, qui n’ont jamais fait l’objet du moindre chapitre au cours de sa formation. J’ai beaucoup appris au sein de notre service, qui comprend trois personnes, et qui bénéficie de toute la culture sécurité de l’entreprise”. Un service qui s’applique à écouter et prendre en compte les attentes des utilisateurs en matière d’Équipement de Protection Individuelle, à sélectionner les produits correspondants et à les faire tester en situation réelle, avant leur achat définitif. Une procédure destinée à optimiser le port des ÉPI. Quitte à organiser de temps en temps des campagnes fortes pour sensibiliser les éventuels récalcitrants. “Nous avons mené notamment une action nationale de sensibilisation du personnel technique sur les risques d’accidents du travail liés aux mains, avec des images chocs (affiches, photos, film...). Cette campagne a suscité des prises de conscience, qu’il faut accompagner en permanence”, indique notre interlocutrice, par ailleurs membre d’une association professionnelle(1) qui regroupe 14 membres, tous issus d’entreprises de la métallurgie. “C’est un lieu d’échanges et de réflexion sur notre métier, qui doit être perçu comme une profession à part entière”.
1 - A.CY.PO.MA.R. : Association des CYndiniciens POur la MAîtrise des Risques (ndlr : le cyndinicien est le spécialiste de la gestion des risques techniques, naturels, financiers et humains, leur fonction est de les prévoir).
Une présence de terrain
Une profession qui collabore au quotidien avec France Sécurité, notamment ses équipes technico-commerciales. Celles-ci assurent leur présence sur le terrain, au plus près des attentes et des besoins des utilisateurs. C’est un des points majeurs que retient Pierre-Yves Hélias, nouveau Directeur de France Sécurité.
« Ce que j’ai appris d’Yvon Kermarec, c’est le développement commercial impulsé par France Sécurité depuis sa création. Nous possédons un des plus gros réseaux avec une centaine de technico-commerciaux qui sont très proches de nos clients. Cette force a continué de progresser ces dernières années. C’est une erreur de croire que l’e-mail et le téléphone peuvent remplacer le contact sur le terrain. C’est en étant au plus près des décideurs et des utilisateurs que nous serons le mieux à même d’appréhender les besoins de nos clients, observer le marché et imaginer ce que nous pouvons lui apporter. Je vais m’employer à faire en sorte que cette dynamique s’intensifie, car c’est à mon avis le cœur de notre métier. Le marché des ÉPI aujourd’hui, ce n’est plus simplement déplacer un produit dans les meilleures conditions, mais disposer de l’expertise pour le préconiser en amont, en apporter conseil et formation pour son utilisation, et exploiter tous les outils en aval pour offrir le plus de confort au client, tout en restant compétitif. La route de France Sécurité pour les années à venir est tracée. Il ne reste plus qu’à la suivre... »
Ecouter le marché et améliorer notre compétitivité
Pierre Yves Hélias est le nouveau Directeur de France Sécurité au 1er juin 2006, en remplacement d’Yvon Kermarec. Nous vous présentons celui qui a désormais en charge la direction opérationnelle de l’entreprise, et vous dévoilons ses premières orientations stratégiques.
Pierre-Yves Hélias, quel est votre parcours professionnel et votre style de management ? Je dispose d’une expérience de la distribution dans le secteur B to B, avec un vécu assez long dans le domaine des matériaux de construction. Je travaille au sein du groupe Pierre Le Goff depuis plus de 4 ans, à la direction d’une de ses filiales. J’ai donc un profil de gestionnaire opérationnel. J’ai pu mesurer la dynamique de ce groupe qui a fait ses preuves dans les métiers de l’hygiène et de la sécurité. J’apprécie aujourd’hui à sa juste valeur l’opportunité qui m’a été donnée de succéder à Yvon Kermarec, unanimement apprécié dans la profession, à la tête de France Sécurité, au sein du groupe Bunzl. Quant à mon management, il est basé sur la délégation et une vision relativement participative de l’entreprise. Dans mon esprit, c’est à moi de me fondre dans France Sécurité plutôt qu’à France Sécurité d’épouser mes propres idées”.
Quelles sont vos premières observations sur France Sécurité ? Ma présence dans le Groupe Le Goff m’a permis de suivre l’évolution de France Sécurité ces dernières années. Mais il est indéniable que je découvre de l’intérieur et de façon très détaillée le fonctionnement de l’entreprise. J’ai bénéficié pour cela d’une phase d’accompagnement, effectuée en synergie complète avec Yvon Kermarec, qui a duré au total 8 mois. Cette période m’a aidé à faciliter mon intégration et m’a permis de mesurer à sa juste valeur le rôle et la place qu’occupe France Sécurité sur son marché. De l’avis général, le N°1 de la distribution en France se trouve sur de bons rails, grâce au travail effectué par ses équipes depuis de nombreuses années. Si chacun mesure l’apport d’Yvon Kermarec, fondateur de France Sécurité, dans l’essor de l’entreprise, il faut indiquer le rôle essentiel joué par ses collaborateurs, compétents et efficaces, qui demeurent en place à tous les niveaux de l’entreprise. Le chef d’orchestre change, mais l’orchestre demeure! Ma mission aujourd’hui consiste donc à poursuivre la partition entamée, en ajoutant éventuellement quelques notes personnelles. L’intérêt de mon expérience est d’avoir toujours travaillé dans la distribution, mais dans des secteurs d’activités différents les uns des autres. Dans une logique de benchmarking, je vais étudier les principes qui fonctionnent ailleurs et voir s’ils peuvent s’adapter à l’univers de France Sécurité.
Pensez-vous que le marché des Equipements de Protection Individuelle représente un marché à part, ou qu’il répond aux mêmes mécanismes que les autres secteurs d’activités ? Tout marché a ses spécificités et ses besoins. La question est de savoir les identifier. Je m’y emploie, en découvrant ses acteurs, ses clients et ses fournisseurs. Pour autant, il a des fondamentaux, que nous allons consolider. Ils concernent l’expertise du spécialiste, qui passe par un rôle de conseil vis-à-vis du client, et le rôle de distributeur des équipements, afin de le rendre accessible dans les meilleures conditions. Une société comme France Sécurité ne vivra et ne se développera que si elle sait être à l’écoute du marché et si elle s’applique à rester compétitive, dans toutes ses strates, à tous ses niveaux d’intervention, du conseil aux prix en passant par le sourcing et les services.
Dans ce contexte, faut-il s’attendre à un rapprochement de France Sécurité avec les autres entités du groupe Bunzl ? L’entreprise France Sécurité a toujours maîtrisé son marché, et elle continuera de le faire. Maintenant, des synergies communes, profitables à nos clients, sont peut-être souhaitables pour renforcer nos positions dominantes par pays qui font de Bunzl - rappelons-le - le N°1 en Europe de l’hygiène et de la sécurité. Je pense à certaines fonctions de gestion, comme l’informatique par exemple. Mais encore une fois, cela se fera progressivement. Il ne faut pas vouloir aller trop vite.”
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